Mission de supervision du Programme Sahel du PNUD au Niger

18 mai 2017

Photo de famille de la mission et des bénéficiaires dans un atelier de soudure à Téra

Du 10 au 15 mai 2017, une mission du « Programme Sahel » du Bureau Régional Afrique du PNUD a sillonné les régions de Tillabéry et Diffa pour visiter les réalisations du projet « Gestion des Frontières et Communautés Frontalières » Phase 3.

L’objectif de cette mission est de : i) constater la progression vers les objectifs du projet suite à la mission d’appui de novembre 2016, ii) visiter les ouvrages réalisés par le bureau pays dans la mise en œuvre de la phase 3 du programme sahel dans les zones d’exécution du projet, iii) promouvoir l’approche régionale et la collaboration transfrontalière avec les autres pays de la région concernés par le programme sahel. , en renforçant la communication.

A Téra, dans la région de Tillabéry, première étape, la mission a été accueillie par les autorités administratives, coutumières et l’ONG ILAF (Initiative locale d’Aide à la Femme), chargée de la mise en œuvre du projet.

A la Mairie de Téra, une réunion  a regroupé les membres de la mission, les élus locaux, les bénéficiaires et l’ONG chargée de la mise en œuvre.

Cette réunion a permis de faire le point de l’état d’avancement des réalisations du projet et il est ressorti que les objectifs planifiés ont été largement atteints dans le sens de… (voir quels sont les objectifs du projet).

A la suite de cette réunion il a été décidé de visiter les réalisations du projet dans la ville de Téra et les villages environnants.

Cette visite a commencé par un atelier de couture où l’ONG a mis en formation intensive dix jeunes filles apprenties couturières pendant quatre mois.

Ces jeunes filles qui avaient déjà des notions de couture se sont perfectionnées et gèrent un atelier bien achalandé.

Selon Rachida Saïdou une des bénéficiaires « Avant cette formation, nous étions à la maison ne sachant quoi faire. Maintenant nous avons appris un métier, nous sommes organisées en groupement et gagnons bien notre vie. Merci au Japon, au PNUD et à l’ONG ILAF ».

Dans un autre quartier de Téra, en bordure de la route, un atelier de soudure dirigé par Yayé Seyni, a été visité. Ici l’ONG ILAF a confié dix jeunes garçons au maître soudeur. Ils sont au terme de six mois de formation. Ces jeunes étaient tous déscolarisés, grâce au projet, ils ont bénéficié de cette formation et même d’une collation tous les matins.

Selon Oumarou Boubacar 21 ans : « grâce à ce projet nous avons enfin un métier qui nous permettra de vivre dignement. Après la formation, on nous a donné des kits pour nous installer à notre propre compte. Nous envisageons de rester en groupe pour continuer dans la même dynamique. Nous demandons aux autorités locales de nous aider à nous installer en nous allégeant l’impôt et nous faciliter l’accès au crédit avec les institutions de microfinance.»

La mission a ensuite visité un atelier de réparation de motos et groupes électrogènes où cinq jeunes ont été formés dans cette discipline.

Boubacar Hama 25 ans habillé en bleu de mécanique affirme «grâce à ce travail, je suis maintenant considéré. Voyez-vous toutes ces motos dans notre atelier, ce sont des clients qui nous ont fait confiance pour réparation, ils viendront les récupérer et seront contents de la prestation. En plus de l’argent que nous gagnons, nous avons aussi leur confiance et leur considération.» 

Toujours à Téra,  l’ONG ILAF a initié des travaux de haute intensité de main d’œuvre  (HIMO) dans quatre communes.  Ainsi 146 femmes des communes de Téra, Bankilaré Gouroual, et Djagourou ont bénéficié de quatre mois de travaux de récupération de terres dégradées où chacune a gagné vingt-cinq mille francs CFA pendant 4 mois.

Ce travail a permis de fertiliser 100 hectares de terres dégradées  où pousse désormais de l’herbe pour l’alimentation du bétail.

Cette activité de HIMO a permis à ces femmes d’acheter de la nourriture, des habits et d’épargner pour acheter des petits ruminants qu’elles élèvent.

Le Projet gestion des frontières a appuyé le département de Téra, avec la réhabilitation de l’abattoir de Téra, la réhabilitation du parc de vaccination du marché de bétail, la réalisation d’un parc de vaccination dans un couloir de transhumance dans le village de Handaga.

Le Village de Bengorou a constitué la dernière étape de la mission dans le département de Téra. Ici les femmes du village ont bénéficié d’une plate-forme multifonctionnelle.

A Bengorou, un groupement féminin d’une centaine de femmes s’affairent tous les jours autour d’un complexe de moulins à décortiquer et à moudre. Ces moulins sont couplés à un alternateur qui produit de l’électricité permettant l’éclairage public et la charge des batteries des téléphones portables des villageois.

Selon Hanntou Djibey, Présidente des femmes du village de Bengourou, « Nous remercions le Japon et le PNUD qui ont pensé à nous. Avant cette plate-forme, nous avons souffert à cause des mortiers et pilons pour faire la farine. Aujourd’hui grâce à cette plate-forme, nos mains sont lisses comme celles des femmes de la ville. Nous sommes aussi coquettes que les citadines ce qui fait la joie de nos maris.»

Selon Ardiatou Kalilou, Trésorière  du groupement féminin « Actuellement nous avons plus de trois cent mille francs CFA dans notre caisse. Nous sommes obligées d’arrêter les moulins pour aller à sept kilomètres  pour nous ravitailler en eau. Si nous avons de l’eau potable dans le village, cette plate-forme fonctionnera sans arrêt et nous aurions à ce jour plus d’un million de francs dans notre caisse. Vivement que ce projet songe à nous doter d’un point d’eau potable».

Dans la région de Diffa, deuxième étape, la mission du Projet sahel a visité les communes de Kabléwa et de Nguigmi à environ 1400Km de Niamey. C’est l’ONG AJEDEV (Action des Jeunes pour le Développement) qui est le partenaire de mise en œuvre du projet.

A Kabléwa la mission a été accueillie par le Maire de la localité, les élus locaux et les bénéficiaires du projet.

L’ONG AJEDEV a financé la réalisation d’une bande pare-feu de vingt mètre de largeur  et six kilomètres de longueur sur un terrain de plus de cinquante hectares de pâturage. Cet ouvrage va protéger le tapis herbacé des éventuels feux de brousse qui sont courants dans la localité.

La réalisation de l’ouvrage a permis aux jeunes de gagner deux mille cinq cent francs par jour pendant quarante jours.

En plus des bandes pare-feu, deux sites de terres dégradées  de plus de trente  hectares chacun ont été récupérés avec la réalisation de demi-lunes forestières. Cette activité a procuré la main d’œuvre pour plus de deux cent jeunes en raison de deux mille cinq cent francs par jour pendant quatre mois. 

Les femmes ont reçu une formation en entreprenariat et organisées en groupement de dix  femmes à  qui la somme de un million de francs CFA a été partagée soit cent mille francs par femme.

Selon Fadji Boukar « Avec l’argent que j’ai reçu, je suis allé à  Kano au Nigéria pour acheter des pagnes  que je revends. Avec le bénéfice tiré, je nourris ma famille. Mon mari est malade depuis deux  mois, je le soigne avec le bénéfice de la vente de mes pagnes »

Les jeunes garçons de kabléwa ont aussi bénéficié de formation professionnelle, un groupe de dix jeunes a bénéficié de formation en mécanique et vulcanisation.

Abba  30 ans, que nous avons rencontré affirme « Avant le projet, chaque matin je vais à la place publique, je tourne les pouces et je rentre à la maison sans le sou. Maintenant avec le métier que j’ai appris, je suis constamment sollicité. Je gagne cinq à dix mille francs par jour. Ce matin  j’ai eu trois mille francs. Je remercie beaucoup le Japon et le PNUD qui m’ont donné mon indépendance. Mon vœu le plus ardent est qu’on nous appuie en kit de travail.»

A l’angle Nord-est du  marché de Kabléwa se trouve un atelier de menuiserie métallique,  souleymane le patron de l’atelier a bénéficié d’une formation donnée par l’ONG AJEDEV.  A lin fin de sa formation, il a reçu un kit qui lui permit de s’installer.

Selon Souleymane « Nous remercions beaucoup le PNUD, le Japon et l’ONG AJEDEV. Cependant nous demandons à la Mairie de nous appuyer pour gagner les marchés. Ainsi en cas de construction de classe ou de dispensaire, de penser à nous pour nous confier la confection des portes, fenêtres et autres mobiliers. Nous avons les compétences. Ils peuvent nous mettre à l’épreuve avant de nous confier la tâche. »

Fadji Katchalla mère d’un bébé de deux mois est couturière à Kablewa, elle a reçu une formation et un kit de couture de l’ONG AJEDEV. Elle a ouvert un atelier chez elle. « Avant cette formation, je faisais le tricotage. Maintenant avec ma machine à coudre, je confectionne des robes et des jupes pour les clientes. J’ai ouvert cet atelier  tout récemment, mais déjà la clientèle afflue»

A Nguigmi, le Maire de la commune, ses collaborateurs et les bénéficiaires ont reçu la mission dans l’enceinte de la mairie.

Une réunion de prise de contact a permis de constater que des groupements de jeunes femmes et des jeunes ont bénéficié d’appui du projet gestion des frontières en collaboration avec l’ONG AJEDEV.

Tout comme à Kablewa, les groupements de dix jeunes femmes ont bénéficié d’appui de un million de francs CFA par groupement soit cent mille francs par femme. Selon les centres d’intérêts certaines ont pratiqué l’élevage de chèvres et d’autres le commerce de l’encens ou de pagnes.

Yagana fait l’élevage de chèvres : « Avec mes cent mille francs, j’ai acheté sept chèvres, du son et de l’herbe. Après deux mois, deux de mes chèvres ont mis bas. Je les ai engraissées, j’ai vendu les cinq et j’ai gardé les deux qui ont mis bas et leurs chevreaux. Avec l’argent de la vente j’ai acheté d’autres chèvres  et de la matière première pour la fabrication de l’encens. Maintenant je fais l’élevage des chèvres et la fabrication et la vente de l’encens. Grâce à ce projet, je vis bien et j’aide mon mari dans la gestion du foyer».

Au centre de la ville de Nguigmi un atelier de couture où un jeune homme et une dame travaillent ensemble au bonheur des habitants du quartier. Ils ont bénéficié d’une formation et de kits d’installation offerts par l’ONG AJEDEV. Dans cet atelier une jeune fille est en formation.

Selon Maimouna couturière formée par AJEDEV « Ce projet est tout pour moi, notre atelier  est très fréquenté par les clients. Nous faisons la couture pour hommes et dames. La plus grande satisfaction pour moi est que j’ai été formée et à mon tour j’ai des apprentis. Je peux dire que l’objectif est atteint. Mes remerciements au Japon, au PNUD et à AJEDEV. Je leur demande de ne pas arrêter car il reste beaucoup de jeunes gens qui veulent bénéficier. »

A Nguigmi ont été  aussi conduites  les activités à haute intensité de main d’œuvre. Ainsi dans le village de Gagala peulh, Aïssa et les siens ont réalisé des haies mortes pour protéger la seule école des environs menacée par les dunes de sable.

« Cette école symbolise une chance pour les enfants de cette communauté, nous allons nous battre pour la protéger des menaces d’ensablement, c’est pourquoi nous avons bien accueilli ce travail de protection qui a en même temps généré des ressources pour les jeunes du village» a dit Aïssa.

Un enfant inspiré par le drapeau japonais sur la plaque de visibilité a confectionné une voiture avec un bidon d’huile et a hissé le drapeau du japon sur son véhicule de fortune.

    

A Téra comme à Nguigmi la mission a constaté que les bénéficiaires, particulièrement  les femmes et jeunes sont satisfaits des interventions du projet.

Le projet a positivement impacté sur la vie des femmes et des jeunes. Il a donné un métier pour la première fois à des jeunes, l’autonomisation financière est une réalité à Téra comme à Kabléwa et Nguigmi.

Toutes les zones d’intervention du projet sont touchées par l’insécurité, trouver une occupation pour ces jeunes les épargne des tentatives d’endoctrinement des groupes terroristes.

Cependant Ils n’ont pas manqué de  demander au PNUD et à ses partenaires d’intensifier les interventions en touchant le maximum de cibles, en diversifiant les activités, en augment les enveloppes.

Les femmes particulièrement ont souhaité la multiplication des points d’eau modernes et la vulgarisation à grande échelle des plates-formes multifonctionnelles.