Discours du Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies au Niger à l'occasion du lancement officiel des ODD

29 juin 2016

Coordonnateur Résident du SNU au Niger prononçant son discours

Le processus d’adoption des objectifs de développement a été fortement amélioré par rapport à celui de la déclaration du millénaire sur les OMD.

Le processus a été plus participatif et l’Afrique en général et le Niger en particulier y ont joué un rôle important. En effet, sur la base de l’agenda 2063 de l’Union Africaine, l’Afrique a proposé le Common African Position Paper (CAP) qui a été un document cardinal dans les objectifs du Millénaire : Transformation structurelle des économies et croissance inclusive ; Innovation, transfert technologique et R&D

Paix et sécurité ; Financement et partenariat. Le Niger a été parmi les 50 pays dans lesquels la consultation sur l’agenda post 2015 a été menée. Les consultations ont durée deux ans.

L’approbation des objectifs de développement couronne un moment important de changement de l’architecture du développement et de la paix. Permettez-moi de citer quelques jalons importants : (i) la Déclaration du millénaire et sommet mondial de 2005 ; le sommet mondial sur le Développement Durable et sur le Développement Social ; la conférence sur les PMA et sur les PED sans littoral ; CIPD+20, Beijing+20, Rio+20 ; Sendhai (03/2015) sur la réduction des risques de catastrophes ; Addis-Abeba (07/2015) sur le financement du développement ; le Sommet d’adoption des ODD en septembre 2015 ;Paris sur la COP21 (décembre 2015) ; l’architecture de la paix et le 70ème anniversaire des NU.

Les ODD prennent aussi en en compte : la Charte des NU, la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Déclaration sur le droit au développement.

 

 « Vivre mieux dans un monde dans un monde meilleur en 2030 ».

Les 17 objectifs et les 169 cibles à caractère universel. D’ici 2030, l’intention est de mettre fin, une fois pour toutes, à la pauvreté, de combattre les inégalités, d’assurer une protection continue de la planète et de ses ressources, et de créer les conditions d’une croissance économique et une prospérité partagée durables, globales et soutenues.

Le (1) social avec les objectifs (1 (pas de pauvreté) ; 2 (faim zéro) ; 3 (bonne santé et bien-être) ; 4 (éducation de qualité) ; 6 (eau potable et assainissement) et 10 (inégalités réduites)) ; (2) l’économique (8 (travail décent et croissance économique) ; 9 (industrie, innovation et infrastructure) ; 7 (énergie propre et d’un coût abordable) ; (3) l’environnement (11 (villes et communautés durables) ; 12 (consommation et production responsables) ; 13 (mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques) ; 14 (vie aquatique) ; 15 (vie terrestre ») et (4) la gouvernance et les institutions (16 ( paix, justice et institutions efficaces) et 17 (partenariats pour la réalisation des objectifs).

Ils constituent un prolongement des OMD en y incluant davantage les droits de l’homme pour tous, égalité des sexes et autonomisation des femmes et des filles, et les questions économiques. Ils couvrent les trois dimensions du développement durable (économique, sociale et environnementale) et la gouvernance et les institutions ; de manière intégré et indissociable. Cela témoigne de l’ampleur et de l’ambition pour chaque pays. Evidemment, il s’agit clairement d’un engagement collectif de ne laisser personne sur le bord du chemin, vers un avenir meilleur marquée par la résilience. C’est pourquoi, ce plan d’action est pour l’humanité, la planète et la prospérité. Il coûte aussi cher : 45 000 milliards de dollars de 2016 à 2030 soit près de 3000 milliards de dollars par an ! (1 trillion de dollars par an : argent illicite) !

D’abord, l’élimination de la pauvreté, de la faim et la réduction des inégalités et la réalisation par chaque individu de son potentiel avec dignité et égalité et dans un environnement sain, sans nul doute, contribueront à une vie prospère et épanouissante et à un progrès économique en harmonie avec la nature. Tous ces facteurs seront des impératifs dans notre recherche permanente de sociétés pacifiques, plus justes, plus inclusives et libérées de la peur et de la violence. Pas de développement durable sans paix et pas de paix sans développement durable. La situation actuelle du Bassin du Lac Tchad nous rappelle cette impérieuse nécessité.

Ensuite, il faut protéger la planète contre sa dégradation par la promotion de modes de production et de consommation durables, la gestion durable des ressources naturelles et la mise en œuvre de mesures hardies contre les changements climatiques. Il faut que nous puissions faire de la planète bleue un endroit meilleur pour les générations actuelles mais aussi pour les générations futures.

Enfin, l’ambition des objectifs de développement durable, leur universalité (tous les pays sans exception et tous les acteurs) et les contraintes et opportunités collectives liées commandent fortement, si nous voulons réussir, le renforcement d’un partenariat mondial revitalisé considérant davantage d’esprit de solidarité, mettant l’accent sur les besoins des plus démunis et des plus vulnérables, en réduisant les inégalités,  sur le contexte de chaque pays et surtout en faire un agenda des peuples, c’est-à-dire de leurs forces vives, les femmes, les jeunes, les citoyens et les citoyennes, le secteur privé, les organisations de la société et tous les acteurs du développement socio-économique.

Que pouvons-nous faire au Niger ?

D’abord, les ODD sont en phase avec l’agenda 2063 et notamment 20 objectifs du de la première décennie (FTYIP) qui reflètent les aspirations de paix, sécurité et culturelles des Africains en plus de celles économiques, sociales et environnementales présentes dans les ODD et aussi avec les axes à l’étude de la SDDCI.

A l’image de la plupart des pays en développement, l’Agenda des OMD reste inachevé au Niger malgré les progrès enregistrés dans nombre de domaines (pauvreté, éducation, santé, etc.). Des gaps plus ou moins importants existent au niveau de tous les OMD et de ce fait l’Agenda 2030 des ODD et l’Agenda 2063 de l’Union Africaine doivent être saisis par le Niger comme une opportunité majeure pour lever les défis et les goulots d’étranglement à l’atteinte des objectifs de développement. Au regard des leçons tirées de la mise en œuvre des OMD au Niger, les efforts doivent être redoublés non seulement pour les OMD en progression (on track : incidence pauvreté, éducation, mortalité infantile, mortalité maternelle, etc.) mais surtout pour ceux qui sont en régression (off track : incidence du paludisme et pourcentage des forêts).

Ainsi, la mise en œuvre des Agendas 2030 et 2063 intégrés au Plan National de Développement, en plus des défis transversaux de développement (croissance démographique, inégalités liées au genre, etc.) devrait spécifiquement s’attaquer à la faible diversification et au caractère informel de l’économie fortement préjudiciable à la mobilisation des ressources internes, gages de durabilité des interventions de développement. Il importe également de lever le défi lié à l’équilibre entre les interventions d’urgence et les interventions de développement durable à travers notamment un investissement intensif dans la consolidation des bases productives, la transformation des produits agricoles et pastoraux ainsi que la promotion des chaines de valeurs. Des efforts doivent également être fournis dans le sens de la scolarisation et la formation des jeunes déscolarisés  en vue d’exercer des professions indépendantes ainsi que la création d’emplois décents, particulièrement pour les jeunes et les femmes.

Des mesures doivent également être prises pour enrayer la malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans et améliorer la couverture vaccinale. D’autres défis de taille doivent aussi être relevés comme la mise en œuvre de la directive gouvernementale sur les transferts des compétences de l’Etat aux collectivités territoriales car les ODD doivent être déclinés et mis en œuvre jusqu’au niveau local ; ou encore la question relative au renforcement des capacités de l’administration publique pour sensiblement améliorer l’absorption des ressources.

Ensuite les autorités ont manifesté leur volonté politique nationale en signant non seulement le document mais aussi en lançant cet événement. Il faut en faire un programme des filles et des fils du Niger, de la capitale aux hameaux en impliquant les entités décentralisées, le secteur privé, la société civile. Pour ce faire, il faut de larges campagnes de sensibilisation et des débats. Le Niger a une grande opportunité. Les ODD sont signés au moment où le Président a son programme, le Premier Ministre a vu sa déclaration de politique générale approuvée et où l’élaboration de la Stratégie de développement durable et de croissance inclusive est en cours et le nouveau plan envisagé. L’intégration des ODD qui sont déjà en résonnance avec les documents précités sera certainement grandement facilitée. Il faut une grande cohérence entre les politiques publiques sectorielles et les nouveaux documents de planification. Ces plans, programmes innovants doivent avoir une action réelle sur la transformation socio-économique et culturelle de la société Nigérienne, donnant une grande part à l’esprit d’entreprise, à l’emploi des jeunes sous-tendu par une éducation de qualité et une bonne formation professionnelle, à l’égalité des genres et une meilleure considération du facteur démographique.

Enfin, concernant plus spécifiquement le SNU, il a aussi tiré les leçons des OMD et ont développé un outil pour appuyer les pays dans les ODD : MAPS : Mainstreaming, Acceleration and Policy Support.

Il s’agit de :

1.     Intégration des ODD dans les plans nationaux, sous-nationaux et locaux de développement et dans les allocations budgétaires ;

2.     Orientation des ressources vers les domaines prioritaires en accordant une attention particulière aux synergies et arbitrage, aux goulets d’étranglement, aux partenariats et à la mesure ;

3.     Soutien politique : veiller à ce que les compétences et l’expertise du système de développement des NU soient mises à disposition d’une manière efficace et en temps opportun.

Cet appui du SNU s’inscrit dans l’approche concertée des PTF en vue d’une contribution à une plus grande cohérence des politiques publiques et un engagement plus fort mais en considérant trois points transversaux importants :

-         Le développement de partenariats à tous les niveaux, les parlements et autres institutions de la république, le secteur privé, la société civile, les média ;

-         La nécessité d’avoir des cadres de suivi et d’évaluation permettant une plus grande responsabilité et une plus grande redevabilité ;

-         La révolution des données afin de renforcer les systèmes nationaux de statistiques pour une meilleure collecte des données, une analyse plus fine, un bon reporting et un suivi des progrès vers les ODD.

Il faut créer cette large coalition à la mesure de l’ambition des ODD.

Pour conclure, j’ai la ferme conviction que le Niger pourra être au rendez-vous de 2030 et de 2035, malgré les handicaps de départ par rapport aux résultats sur les OMD à condition que des engagements fermes et des actions concrètes soient engagés :

-         Une renaissance culturelle renforçant l’esprit d’initiative, l’esprit entrepreneurial valorisant davantage les vertus du travail, des résultats, des performances, du civisme et de la construction nationale ;

-         Des options économiques transformatrices de manière structurelle prenant en compte les secteurs porteurs tels que l’agriculture, l’élevage, les autres filières et les mines ; la nécessité de mettre au travail ces immenses forces juvéniles et féminines dotées de meilleures capacités professionnelles ; de renforcer l’éducation en quantité et en qualité y compris l’éducation des jeunes filles ; de renforcer l’intégration régionale ; une administration et des entités décentralisées davantage tournées vers la gestion axée sur les résultats s’appuyant sur un taux de croissance inclusive adéquat et surtout la mobilisation des ressources domestiques et une meilleure utilisation des ressources internationales dans le sens du Plan d’Action d’Addis Abeba sur le financement du développement ;

-         Une entente nationale (« j’allais dire un concordat national ») sur les grands enjeux de développement tels que la question de la population et du dividende démographique (« une tendance lourde qu’il faut commencer à infléchir »), l’agriculture et la sécurité alimentaire, la sécurité, la paix et le développement ; le rôle des femmes et des jeunes ; la décentralisation et la participation citoyenne ; la bonne gouvernance et la construction d’institutions fortes et fiables ; l’éducation.

C’est à ce prix que le lancement sera le prélude à un nouveau paradigme de développement économique et social pour un plus grand espoir et un plus grand bonheur pour l’ensemble des Nigériennes et des Nigériens.

Munatare ! Irgo kéré bandé ! Roko karaye ! i den n’gondi !