Table de séance

Une instabilité profonde et multiforme (criminalité transnationale, extrémisme violent, terrorisme, migrations irrégulières) affecte la zone transfrontalière du Liptako-Gourma, située entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, dans un contexte d’extrême vulnérabilité économique et sociale encore aggravée par l’impact des changements climatiques (insécurité alimentaire). Les réponses formulées par les Etats concernés, réunis au sein de l’Autorité du Liptako-Gourma, avec leurs partenaires du G5 Sahel et de l’Alliance Sahel ne parviennent pas à enrayer la montée en puissance de ces défis multiformes et mouvants. Face à ce constat, l’atelier régional « Gouvernance et décentralisation, vecteurs de paix et de stabilité au Sahel » co-organisé par le PNUD et BMZ, chefs de file « Gouvernance » et « Décentralisation » de l’Alliance Sahel, a cherché à amorcer une réforme de l’appréhension des dynamiques à l’œuvre, en s’appuyant sur la méthodologie des Accelerator Labs du PNUD

Dès l’ouverture de l’atelier, l’ensemble des partenaires a souligné la nécessité de ce changement d’approche pour réformer notre compréhension des dynamiques à l’œuvre dans le Liptako-Gourma. Rappelant l’urgence et la profondeur des défis, qui résistent aussi bien au déploiement d’interventions militaires que des solutions actuelles de développement, les allocutions des représentants du PNUD et du BMZ, et du Ministre délégué auprès du Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur de la République du Niger, M. Alkache Alhada, ont signalé la pertinence de l’échelon local comme vecteur d’action dans la zone. Renforcer la gouvernance locale, en donnant notamment accès aux services de base aux populations du Liptako-Gourma, dont 40 à 50% sont aujourd’hui en situation d’extrême pauvreté, est le premier rempart contre la tentation extrémiste ou criminelle et les dérives liées. 

L’approche des Accelerator Labs lancés par le PNUD dans 60 pays (dont 27 en Afrique) a été utilisée   pour favoriser la recherche collective d’une nouvelle stratégie de compréhension et de cartographie des défis qui ont cours dans le Liptako-Gourma. Nés du constat, à l’échelle globale, qu’un écart se creuse entre les progrès permis par les approches traditionnelles de développement et les besoins créés par les défis multiformes et en constante évolution portés par le XXIème siècle, les Accelerator Labs ont vocation à réviser ces approches. Une nouvelle méthodologie est proposée pour mettre au jour un portefeuille de solutions pertinentes, cohérentes, et capables d’être rapidement efficaces.

Avant de définir ce portefeuille, il nous faut comprendre les dynamiques à l’œuvre. L’atelier a donc proposé aux participants une réflexion collective en quatre étapes :

D’abord, capturer les besoins, de façon la plus large et la plus profonde possible : quelles dynamiques sont à l’œuvre dans le Liptako-Gourma ? Quels défis y ont cours ?

Une large gamme de problèmes a été identifiée, allant des besoins en infrastructures et services sociaux de base à l’amélioration de l’implication des citoyens, ou au nécessaire renforcement des mécanismes budgétaires de la gouvernance locale. 

Puis, s’intéresser à l’action actuellement mise en place : est-elle pertinente ? Comment l’améliorer ? Quelles leçons en tirer ?

L’Alliance Sahel a présenté un portfolio de projets actuellement mis en œuvre dans les pays du G5 Sahel. L’un des participants, représentant d’une collectivité locale, a réagi en signalant découvrir au cours de cette présentation qu’un projet estampillé Alliance Sahel avait cours dans sa zone d’administration. Les collectivités territoriales ont insisté, allant jusqu’à émettre un communiqué en ce sens à l’issue de l’atelier, sur leur sentiment de déconnexion d’avec les solutions de développement mises en place, et appelé à être davantage impliquées dans leur définition et leur mise en œuvre.

Deux problèmes dont la résolution serait capable de générer un impact pertinent sur les défis de la gouvernance et la décentralisation dans le Liptako-Gourma ont été collectivement identifiés au cours d’une séance de cartographie (issue mapping) :

1)      le transfert effectif de compétences et de ressources vers les collectivités territoriales ;

2)      la gestion partagée des ressources. 

Enfin, définir le contexte du défi auquel on s’attaque : quels facteurs contribuent à aggraver les problèmes identifiés ? Avec quelles implications ?

Le Ministre délégué avait par exemple rappelé dès l’ouverture la prégnance du nomadisme parmi les communautés de la zone comme élément pertinent de contexte : l’aggravation de l’insécurité alimentaire et l’irruption de bandes armées ont transformé les routes de transhumance aux tracés millénaires, provoquant une recrudescence des conflits intercommunautaires qui a contribué à la déstabilisation.

La conception d’un portefeuille de solutions, qu’il faudra encore expérimenter pour en connaître la pertinence, ne pourra se faire qu’après cette phase de compréhension. 

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